Cinéforom- Plainte contre l’Etat de Genève au Tribunal fédéral

Tribunal fédéral.

Ainsi donc le Tribunal fédéral a jugé mon recours contre l’Etat de Genève qui octroie quelques millions à Cinéforom, cette institution cinématographique ne garantit pas formellement un accès au juge en cas de refus d’une subvention. Nous contestions une loi datant de 2013 visant un financement triennal.

D’entrée de jeux un juge romand, observe que le TF ne doit pas entrer en matière puisque la loi a pris fin le 31 décembre à minuit en l’an 2016. Et que la longueur de notre argumentation est trop longue et responsable des trois ans écoulés entre notre recours et son jugement !? Il ajoute qu’il est par exemple illisible « écrit en petit caractère » ! On aurait pu espérer que ce juge, payé au bas mot un quart de million par année, s’achète des lunettes. Donc refus de discuter du fond de la question. Un juge suisse alémanique lui fait remarquer que le texte est peut-être difficile à lire, mais que le problème est évident. Une entité publique ne peut pas donner des millions à une fondation privée sans qu’elle ne garantisse des voies de droit en cas de refus d’une subvention.

Après 90 minutes de palabres et une interruption, l’entrée en matière est enfin acceptée.

On entendra ce curieux argument, toujours de la bouche d’une romande : où allons-nous si nous donnons des voies légales de recours à tous les bénéficiaires de subventions privées. Citant au passage les statuts de Cinéforom dont le financement est public, mais peut aussi récolter des dons. Ce juge n’a pas remarqué que Cinéforom n’avait jamais reçu de dons privés. Du reste en deux click elle aurait pu le vérifier, mais le tribunal est précisément situé à la rue Mon Repos et pas Mon Travail. On a aussi entendu : « On ne va pas changer la jurisprudence du TF pour le cinéma » !?

Je lis dans la presse du jour qu’en France les réalisatrices ne reçoivent que le 42% du salaire de leurs homologues masculins, à Cinéforom elles ne reçoivent que la moitié moins (Rapport d’activité 2016). Quel progrès. Si elles veulent contester cette discrimination auprès des tribunaux, je leur souhaite bonne chance, car la voie juridique indiquée par le président du TF pour faire valoir leurs droits est digne d’un chemin de croix, et dans un labyrinthe ! C’est par trois voix contre deux, après plus de trois heures de délibérations que le TF a rejeté notre plainte, il s’en est fallu d’un cheveu !

http://www.bger.ch/fr/press-news-2c_684_2015-t.pdf

C’était la guerre – les légionnaires suisses (2012)

guerres d’Indochine (1946-1954) et d’Algérie (1954-1962)

Les Suisses sont plus connus pour leurs «humanitaires » que leurs militaires. Plus de 3 000 Suisses se sont engagés dans la Légion étrangère française au cours des guerres d’Indochine et d’Algérie. Issus de milieux défavorisés, ils fuyaient la misère, leur pays ne leur offrait aucun avenir. Ils étaient le fer de lance de l’armée coloniale française. Aujourd’hui, ils parlent de leur vie de légionnaire, de leurs formateurs (souvent d’anciens SS). Ils décrivent ce qu’est la guerre avec son cortège de massacres, d’exécutions sommaires et de tortures.

Ces Suisses préfigurent les mercenaires employés aux quatre coins du globe dans des armées privées : Irak, Libye, etc.
Un film historique qui évoque le futur !

Durée 65 minutes 2012 -Scénario Gilles Perrault, réalisation Daniel
Künzi. Conseiller historique : Peter HUBER Translation: Mary Honderich

Bach rencontre Buxtehude (2010)

avec Marthe Keller et Francesco Tristano Schlimé et Julie Nicolet.
Réalisation Daniel Künzi – 61 minutes-co.

D’abord, il y a la musique. Celle de Dietrich Buxtehude (1637-1707), considéré à son époque comme le plus grand musicien allemand. Musique jouée au piano (instrument que Buxtehude n’aura jamais connu) par un extraordinaire interprète luxembourgeois, Francesco Tristano Schlimé, né en 1981. Ce que donne à voir « Bach rencontre Buxtehude », c’est principalement cela : un jeune pianiste d’aujourd’hui qui nous interprète Buxtehude. Cela dure une heure et trois minutes. Cela nous habite et nous emporte. Cela nous transporte. Magie.\n\n \n\nEn 1705, Jean-Sébastien Bach, qui a déjà perdu son père et sa mère, a vingt ans. Il a déjà vécu à Eisenach (sa ville natale), Ohrdruf et Lüneburg, il travaille depuis deux ans comme organiste à l’église Saint-Boniface d’Arnstadt, près de Weimar. A l’automne de cette année-là, il décide de parcourir 400 kilomètres à pied pour se rendre à Lübeck, près de la mer Baltique, où réside Buxtehude. Ce voyage, ce séjour, nous sont connus par les Mémoires d’Anna Margareta, la fille de Buxtehude, qui voit débarquer chez elle, un beau jour, ce solide marcheur « plus affamé de musique que de pain ». Les trois mois que Bach passera auprès du maître influenceront autant le vieux musicien, pour les deux années qui lui resteront à vivre, que le futur Cantor de Leipzig. Au point qu’à son retour (également à pied !) à Arnstadt, Jean-Sébastien se fera sonner les cloches par ses paroissiens, qui ne reconnaissent plus sa manière de jouer.

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Comme le disait Godard à propos des fondateurs du cinéma : ils auraient pu s’appeler « Abat-jour », ils se nommaient Lumière. Le plus grand génie de la musique aurait pu être baptisé Stein (pierre), il se dénommait Bach (ruisseau ).

Le musicien dont il est question ici, Francesco Tristano Schlimé, est né en 1991. Il aurait pu avoir un nom de famille plus approprié ( Schlim se traduit par «pire» en français). Pour son premier disque chez Universal, il a préféré y renoncer. Pourtant c’est sous ce nom là qu’il a publié plus de vingt CD, autant en classique – de Frescobaldi à Nono – qu’en Electro. Car Francesco Tristano s’est fait aussi un nom dans les discothèques d’Ibiza et d’ailleurs !

Avec ce disque, vous écouterez un piano, comme vous ne l’avez jamais entendu «sonner». Etait-ce bien nécessaire pour la musique de Bach ? A vous de juger ! Le ton est donné dès le prélude de la première Partita de Jean Sébastien Bach. Ce n’est pas toujours «charmant», mais c’est toujours intéressant. Jamais les lignes mélodiques ne se sont développées avec une telle clarté. Une Partita réinventée, l’une des rares œuvres éditées par le maître de l’Art de la fugue. Les basses sont «charnues», précises sans être lourdes, les aigus lumineux ! Un enregistrement aux antipodes des prises de son habituelles de la Deutsche Gramophone Gesellschaft. Pour appuyer sa rhétorique, Francesco Tristano joue des trilles liquides, fluides : un poète qui cherche à nous dire quelque chose. La Gigue qui conclut l’uvre vous électrisera !

John Cage ( 1912-1992 ), s’est notamment illustré pour ses recherches sur les sonorités. Francesco Tristano et son producteur Moritz von Ostwald ont prolongé les expériences de ce compositeur d’avant-garde, en travaillant les sons du piano lors de la post-production. C’est ainsi que la tranquille composition minimaliste In a landscape se métamorphose au gré des interventions des ingénieurs du son. Le timbre du piano se mue progressivement en cloches mystérieuses. Le chant musical s’ouvre aux champs des possibles. \n\nUn parcours musical, une aventure à partager, et un gag à savourer à la fin de l’album, un Menuet de Bach que n’aurait pas renié Walter Carlos, l’arrangeur de la musique du film Orange mécanique.

Daniel Kunzi

Bach-Cage, Francesco Tristano, Universal music 2011
CONCERT ARTE
http://liveweb.arte.tv/fr/video/Versus_2_0___Carl_Craig__Francesco_Tristano___Moritz_Von_Oswald/

https://www.solidarites.ch/journal/d/article/4238